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LE PROBLEME DES NUANCES

- Dans le cadre de mes "Causeries autour de l'Emission de Bordeaux", j'ai été presque constamment amené à insister sur l'intérêt représenté par la collection des variétés de nuances. L'Emission de Bordeaux jouit d'une notoriété internationale pour les possibilités qu'elle offre à cet égard au collectionneur, mais d'autres émissions françaises permettent elles aussi la constitution de "palettes" spectaculaires et intéressantes au niveau de l'étude : je citerais (bien sûr) le 20 centimes Empire (n.d., N°14), dont il est possible de réunir quantité de tirages (du bleu laiteux au bleu-noir etc.), sans pour autant se ruiner.

Mais si cette manière de collectionner correspond à une forme de pur plaisir philatélique, elle donne également lieu à de délicats problèmes d'identification, de certaines nuances rares en particulier. Je voudrais illustrer mon propos par un exemple récent : une superbe paire du 40 centimes Bordeaux, valorisée de surcroît par une oblitération rare, passe tour à tour en vente à Hanovre et à Paris. La pièce est mentionnée dans l'un des cas comme « rouge sang clair », et dans l\autre simplement comme « rouge-orange ». Le problème réside dans la différence considérable de cotation des deux nuances. En fait, les collectionneurs ne se sont pas laissés abuser dans un sens ni dans l'autre, car les enchères obtenues successivement à Hanovre et à Paris furent sensiblement les mêmes, compte tenu d'un certain décalage dans le temps, des caractéristiques de chaque marché philatélique etc.. Il pourra arriver bien sûr que les choses se résolvent moins bien, et parfois la compétence voire l'honnêteté de certains négociants serait susceptible d'être mise en doute. Mais c'est au philatéliste intéressé par les nuances qu'il appartient de se faire une éducation à ce sujet, dans la mesure du possible, et c'est pour le moins souhaitable. Dans l'exemple que j'ai cité, les acquéreurs successifs de la paire du 40 centimes Bordeaux savaient sans doute à quoi s'en tenir sur l'intérêt précis représenté par la pièce au niveau de sa nuance (et la valeur s'ensuivant). C'est vers cette connaissance qu'il faut s'efforcer de progresser, si l'on entend se consacrer à cet aspect de la philatélie.

Comment donc ? Je crois pouvoir affirmer que l'amateur de nuances procède essentiellement par comparaisons. En l'absence d'élément concret de comparaison, en l'absence de pièce de référence, il lui sera néanmoins possible de qualifier une nuance problématique, en fonction de ce qu'il aura vu chez d'autres philatélistes, dans des expositions, et dans les ventes. Celui qui aura vu en l'espace de quelques heures une trentaine de timbres présentés comme « rouge sang » du N°48, et bien sûr un nombre bien plus élevé de « rouge-orange » saura un peu à quoi s'en tenir. (La réserve étant une subjectivité incontournable de la qualification donnée par le négociant). Il n'est pas très difficile d'acquérir ainsi un début d'expérience en la matière.



Pour ce qui est de l'approfondir, le collectionneur spécialiste de nuances va se proposer la constitution de palettes, qu'il peut agencer en fonction de son goût personnel ou des composantes de la couleur elle-même. Il est possible de présenter une gamme de 40 centimes Bordeaux allant d'un jaune (presque) pur au rouge-sang foncé.

J'ai mentionné à propos de ce timbre la localisation d'emploi des « jaune » et « jaune-orange » à Bordeaux (cf. désir de ne pas « exporter » des timbres au coloris jugé mal venu). Ce n'est qu'un exemple de la présomption d'authenticité de la nuance que peut représenter une oblitération, en l'occurrence le losange « gros chiffres » 532 de Bordeaux. En effet, beaucoup de teintes rares (dans les Bordeaux) ont soit servi dans quelques bureaux seulement, soit dans divers bureaux, mais plus particulièrement certains, à l'intérieur d'un espace géographique défini. Pour reprendre l'exemple du jaune-orange, on le trouve dans différents bureaux du Sud-Ouest : principalement Bordeaux, mais aussi Pau et surtout certaines localités du Gers (ainsi Condom : « gros chiffres » 1107). Quant au 40 cent. rouge-sang, il est bien plus difficile de le situer géographiquement, mais il est possible de noter qu'il a souvent servi à Bordeaux lui-aussi (bien sûr), et dans les départements de l'Ouest, en Bretagne.

Voilà un type de connaissances qu'il est possible d'acquérir à la longue, notamment par le suivi des ventes. Sans aller aussi loin, on apprend assez vite à reconnaître certains timbres pour ce qu'ils sont (ainsi les oxydés et autres timbres aux teintes « dégradées » qui apparaissent très spectaculaires de prime abord) : le cas le plus courant en matière de classiques français est celui de ces timbres à 40 centimes, normalement oranges, qui ont pris une teinte brune, indice de « maladie ». Il faut mentionner le cas très particulier du 40 centimes « ocre » de l'émission de Bordeaux, dont l'encre avait fait l'objet d'une oxydation avant même l'impression du timbre : ce timbre n'est pas à rejeter, bien au contraire – c'est une grande rareté. On le trouve moins fréquemment que le rouge-sang, ce que reflètent mal les cotes et prix, car on fait la part de la popularité des timbres rouges. Etant particulièrement demandés, ceux-ci font l'objet de cotes élevées (cf. le vermillon, sa légende etc.)

Du problème de la qualification d'une nuance donnée, je suis ainsi passé à celui de la rareté relative des variétés de nuance. Le collectionneur amateur de teintes doit apprendre à en prendre la mesure – à comprendre dans son domaine d'élection les décalages entre rareté, cotes, prix. Le moyen d'y parvenir est bien entendu souvent ici aussi le suivi des ventes.

Je voudrais conclure par cette remarque que pour la facilité de la démonstration, mes exemples se rapportent à des nuances consacrées, pour des timbres prestigieux. Mais les mêmes problèmes se retrouvent au niveau de timbres relativement communs, présentant des variétés de nuance sur lesquelles il convient de ne pas se tromper. L'exemple me venant à l'esprit est celui du 20 c. Empire (N°14), dont les teintes foncées et même très foncées se trouvent assez facilement : il en émerge la rareté du véritable « bleu-noir » dans son intensité maximale. Mais qu'il s'agisse de 20 centimes Empire ou de 40 centimes Bordeaux, le plaisir que trouve le collectionneur à élaborer une belle palette est le même.



        Christian Hillairet
        Association APG (Paris 13ème)
        Bulletin d'avril 1977
        Echo de la Timbrologie, courant 1977
        membre fondateur du groupe de travail @Bordeaux (GT@B)